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Le Wi-Fi ne traverse pas la mer. Ce qui s’éloigne à mesure que la côte disparaît, ce
n’est pas le réseau local du bateau, c’est le lien qui l’alimente. Comprendre cette distinction permet de savoir
à quelle distance on reste joignable, ce qu’une antenne apporte réellement, et à partir de quel programme de
navigation la question change de nature.

Voilier au large, la côte s'éloigne à l'horizon
Passé quelques milles, la question n’est plus le Wi-Fi du bord mais ce qui l’alimente.

Deux liens à ne pas confondre

Une connexion à bord repose sur deux liaisons radio successives, de nature très différente.

La première relie le bateau à une antenne située à terre, en 4G ou en 5G, ou à un satellite. C’est elle qui
apporte l’accès à internet, et elle seule. La seconde, le Wi-Fi, ne couvre que les quelques mètres entre le
boîtier installé dans la cabine et le téléphone ou la tablette de l’équipage.

La conséquence est immédiate : lorsque tout ralentit, le Wi-Fi n’est presque jamais en cause. Un indicateur
de signal local au maximum et une page qui n’arrive pas signalent un lien vers la terre affaibli ou perdu.
Changer de place dans le carré n’y changera rien, monter l’antenne d’un mètre, parfois, oui.

Jusqu’où porte le réseau depuis la côte

Sur l’eau, aucun obstacle ne vient bloquer le signal : la limite n’est pas la puissance de l’antenne, c’est
la courbure de la Terre. Le calcul est simple et donne des ordres de grandeur fiables. La distance de visibilité
radio dépend de la hauteur des deux antennes, celle du pylône à terre et celle installée sur le bateau. Chaque
mètre gagné en hauteur repousse l’horizon.

Hauteur de l’antenne à bord Portée théorique vers un pylône côtier de 30 m Situation type
2 m, téléphone tenu dans le cockpit environ 28 km Navigation de journée près des côtes
6 m, antenne sur balcon arrière environ 33 km Bateau à moteur, portique
12 m, antenne à mi-mât environ 37 km Voilier de croisière
18 m, antenne en tête de mât environ 40 km Grand voilier, installation fixe

Ces valeurs correspondent aux observations rapportées en navigation : le réseau reste généralement
exploitable entre 20 et 40 kilomètres des côtes selon la puissance des installations à terre et les conditions
du moment. Des accroches ponctuelles ont été relevées au-delà, notamment en Méditerranée, mais elles relèvent de
la circonstance favorable, pas de la règle sur laquelle bâtir une navigation.

Côte vue depuis le large, un pylône se détache à l'horizon
La limite n’est pas la puissance de l’antenne, mais la courbure de la Terre.

Ce qui fait varier la portée d’un jour à l’autre

À position identique, deux sorties ne donnent pas le même résultat. Quatre facteurs expliquent l’essentiel de
l’écart.

La bande de fréquences utilisée. Les bandes basses, autour de 700 MHz, portent nettement
plus loin que les bandes hautes à débit élevé. Un bateau accroché au réseau à 35 kilomètres est presque toujours
sur une bande basse, avec un débit modeste mais une liaison qui tient.

Le relief de la côte. Un pylône installé sur une hauteur dessert beaucoup plus loin que le
même équipement en fond de baie. Une falaise entre le bateau et l’émetteur suffit à créer une zone sans
couverture à quelques milles seulement du rivage.

Les conditions atmosphériques. Par temps couvert et air stable, les ondes suivent la surface
sur des distances anormalement longues. C’est la raison pour laquelle une même route donne parfois un résultat
bien meilleur qu’à l’habitude, sans qu’aucun réglage n’ait changé.

La fréquentation. En saison, les antennes qui couvrent les zones de mouillage servent
beaucoup de monde en même temps. La couverture est présente, le débit s’effondre. Le symptôme ressemble à une
perte de réseau, la cause est tout autre.

Ce qui change vraiment à bord

Trois interventions donnent des résultats mesurables, classées ici par rapport entre effort et gain.

Monter l’antenne. C’est le geste le plus rentable, et de loin. Le tableau plus haut le
montre : passer du cockpit à la tête de mât ajoute une douzaine de kilomètres de portée utile. L’antenne doit
être dégagée, à l’écart des masses métalliques et de la voilure.

Raccourcir le câble. Une antenne bien placée reliée par quinze mètres de câble ordinaire
perd une partie de ce qu’elle a gagné en hauteur. Un câble court et de qualité, ou un boîtier placé au plus près
de l’antenne, préserve le bénéfice de l’installation.

Passer par un routeur de bord plutôt que par un téléphone. Un boîtier fixe alimenté par le
circuit du bateau accepte une antenne extérieure, tient la liaison en continu et laisse les téléphones libres.
Il redistribue ensuite la connexion en Wi-Fi pour tout l’équipage.

Antenne extérieure fixée en haut d'un mât
Chaque mètre gagné en hauteur repousse l’horizon radio de plusieurs centaines de mètres.
Un point réglementaire à connaître

Les dispositifs qui amplifient ou réémettent un signal mobile sont encadrés en France : seuls des modèles autorisés, installés avec l’accord des opérateurs concernés, peuvent être employés. Une antenne passive bien placée, elle, ne pose aucune difficulté et suffit dans la majorité des cas.

Petit routeur fixé dans la cabine d'un bateau
Un boîtier fixe accepte une antenne extérieure et tient la liaison en continu.

Au-delà de l’horizon : les liaisons par satellite

Passé quarante kilomètres environ, aucune installation ne rattrape la courbure de la Terre. La liaison ne
peut plus venir de la côte, elle vient du ciel. Deux familles coexistent, et elles ne se comportent pas du tout
de la même façon.

Les satellites géostationnaires occupent une orbite à près de 36 000 kilomètres. Ils restent
fixes au-dessus d’un point du globe, ce qui simplifie le pointage de l’antenne et assure une continuité de
service sur une zone donnée. Le prix à payer est le délai : le signal parcourt la distance quatre fois sur un
aller-retour complet, ce qui se traduit par une latence de l’ordre de 600 millisecondes.

Les constellations en orbite basse évoluent entre 500 et 600 kilomètres d’altitude. La
latence tombe alors dans une fourchette de 20 à 60 millisecondes, comparable à une connexion terrestre. En
contrepartie, chaque satellite traverse le ciel rapidement : il faut une constellation nombreuse et une antenne
capable de suivre, donc un équipement plus complexe et plus gourmand en énergie.

Satellite géostationnaire Constellation en orbite basse
Altitude environ 36 000 km 500 à 600 km
Latence constatée de l’ordre de 600 ms 20 à 60 ms
Usage confortable messagerie, météo, téléchargement visioconférence, travail à distance
Antenne pointage fixe, dôme compact suivi permanent, équipement plus lourd
Énergie modérée poste à intégrer au bilan électrique

La différence de latence explique une confusion fréquente. Un débit annoncé élevé n’empêche pas une
impression de lenteur : une page web moderne enchaîne des dizaines de requêtes, et chacune paie le délai. Le
téléchargement d’un fichier météo, lui, ne souffre presque pas.

Dôme d'antenne satellite installé à l'arrière d'un bateau
Au large, la liaison ne vient plus de la côte : l’antenne remplace le pylône.

Choisir selon son programme de navigation

La bonne installation n’est pas la plus performante, c’est celle qui correspond à la distance réellement
parcourue. Trois cas couvrent la quasi-totalité des situations.

Programme Distance à la côte Installation cohérente
Sorties à la journée, mouillages, cabotage moins de 10 km Le téléphone suffit, éventuellement partagé en Wi-Fi vers les tablettes du bord
Croisière côtière, cabotage au long des côtes 10 à 40 km Antenne extérieure en hauteur et routeur de bord alimenté par le circuit
Traversées et navigation hauturière au-delà de 40 km Liaison par satellite, choisie selon la tolérance au délai et le budget électrique

Une remarque utile pour la troisième catégorie : les équipements réglementaires de communication maritime
relèvent d’un autre domaine que la connexion de confort décrite ici. Les deux ne se remplacent pas et ne
répondent pas aux mêmes règles.

Tablette posée dans le cockpit d'un voilier
L’installation cohérente est celle qui correspond à la distance réellement parcourue.

Questions fréquentes

À quelle distance des côtes capte-t-on encore le réseau mobile ?

Comptez 20 à 40 kilomètres dans des conditions favorables, avec une antenne placée en hauteur et une mer dégagée. Des accroches ponctuelles ont été relevées au-delà de 40 kilomètres en Méditerranée, mais elles ne constituent pas une base fiable pour préparer une navigation.

Le Wi-Fi du bateau fonctionne-t-il sans réseau mobile ?

Le réseau local continue de fonctionner : les appareils du bord se voient entre eux et peuvent partager des fichiers. En revanche, aucun accès à internet n’est possible, puisque le Wi-Fi ne fait que transporter une connexion qu’il faut d’abord recevoir.

Une antenne extérieure change-t-elle vraiment quelque chose ?

C’est le poste le plus rentable. Passer d’un téléphone tenu dans le cockpit à une antenne fixée en haut du mât ajoute plusieurs kilomètres de portée utile et supprime l’essentiel des coupures dues au roulis et aux masques de la coque.

Pourquoi une liaison satellite semble-t-elle lente alors que le débit annoncé est élevé ?

Débit et latence sont deux choses différentes. Une liaison par satellite géostationnaire affiche souvent 600 millisecondes de délai : le téléchargement d’un fichier reste rapide, mais une conversation vidéo ou une page qui multiplie les requêtes donnent une impression de lenteur.

Faut-il prévoir davantage d’énergie à bord ?

Oui, c’est le point le plus souvent oublié. Un routeur de bord consomme peu, une antenne satellite active beaucoup plus, en continu. Sur un voilier, cette consommation se compare à celle du pilote automatique et se planifie au même titre.

Ce qu’il faut retenir

Le Wi-Fi transporte la connexion, il ne la crée pas. Depuis la côte, comptez 20 à 40 kilomètres de portée utile, la hauteur de l’antenne pesant davantage que tout le reste. Au-delà, seule une liaison par satellite prend le relais, avec un arbitrage entre latence et complexité d’installation. Et dans tous les cas, l’énergie disponible à bord fait partie de la décision.